Economie

Une nouvelle ère du risque : explorer l’aspect social de l’incertitude 

Nous vivons dans une nouvelle ère du risque. Jamais auparavant, l’incertitude n’avait autant régi nos vies. La mondialisation a fait apparaître des risques nouveaux et en a amplifié d’autres – par, les considérations environnementales qui nous font acheter une voiture plutôt qu’une autre, ou la peur du terrorisme et son incidence sur les élections. Le professeur J. Peter Burgess, philosophe et scientifique politique, est à la tête d’un nouveau programme d’étude créé pour mettre en évidence la manière dont ces incertitudes impactent et politisent la vie d’aujourd’hui. Il estime que les approches traditionnelles en matière d’analyse des risques négligent certains aspects fondamentaux de nos réactions face à l’incertitude. Pour contribuer à changer cette situation, son réseau interdisciplinaire de chercheurs va travailler conjointement pour trouver de nouvelles méthodologies de compréhension et d’évaluation des risques. En combinant des analyses dans les domaines de la religion, des médias et de l’éthique avec des études sur la géographie humaine, le droit international et la théorie de la décision, il espère donner à la gestion du risque une résonnance plus humaine.

« Mon hypothèse est qu’il faut aborder le risque davantage comme une problématique culturelle, sociale, et même morale », explique le Professeur J. Peter Burgess. Son équipe, composée de 6 groupes de recherche, se concentrera sur ces domaines. La religion, d’une part, a rarement auparavant représenté un élément aussi important de la politique internationale. Une des équipes travaillera sur les incertitudes qui résultent de la connaissance partielle d’autres systèmes de croyances (ses objectifs et ses motivations). La nouvelle relation des médias au risque sera également un axe de recherche. Considérés traditionnellement comme un support diffuseur de savoir, les médias ont désormais plutôt tendance à ajouter au climat d’incertitude ; ils reçoivent trop d’informations en même temps pour pouvoir les traiter efficacement. Ce torrent de faits, déversé sans interprétation aucune, contribue à altérer notre comportement. Le professeur J. Peter Burgess explique : « Un climat d’incertitude, accru depuis la fin de la guerre froide, change nos valeurs et notre conception du bien et du mal ». Il prend l’exemple des arrestations policières, et souligne que la société est désormais plus disposée à arrêter des personnes en se basant seulement sur leur apparence, sans nécessairement qu’il y ait de preuve d’un quelconque méfait. « Le seuil au-delà duquel nous agissons est sensiblement plus bas qu’avant », dit-il, « Nous prenons des mesures sans avoir de preuves solides. »

Qu’est-ce que cela nous apprend sur l’impact d’un climat d’incertitude sur la société et sur l’environnement géopolitique ? Les approches académiques traditionnelles ne semblent pas assez adaptées pour répondre à cette question. Le programme de recherche du professeur J. Peter Burgess est donc d’autant plus important. Cette étude pourrait mener à des applications concrètes pour les politiques, les assureurs et d’autres secteurs d’évaluation des risques. L’approche mathématique qu’utilisent les assureurs pour déterminer la valeur des objets assurés et le risque ne prend pas en compte l’incidence des valeurs culturelles. Par exemple, elle ne peut pas rendre compte de la tendance, dans le nord de l’Europe, à faire confiance aux institutions d’État, et, au contraire, dans le sud de l’Europe, à compter sur la famille en cas de futur incertain. « Ces dynamiques soi-disant “molles” ont réellement des choses à nous apprendre sur la manière dont les gens vivent le risque. » En matière de gestion des risques, une image plus fidèle de l’expérience humaine mènerait certainement à de meilleures solutions à l’échelle des individus, des institutions, des commerces et au-delà.